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30 juin 2006

C'est pour cette nuit...

Minuit.
Et on bascule...
Quoiqu'en dise la gravure de mode débauchée par Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa, Arno "Suis-je beau en skate ?" Klarsfeld qui n'a pas du suffisamment lire l'histoire de sa mère, la magnifique et flamboyante Beate...

Minuit et la chasse est ouverte.
Ceux qui n'auront pas pu ou pas su déposer de dossier de régularisation avant l'heure fatidique.
Ceux qui se cachent.
Ceux qui ont peur.
Ceux qui se méfient.
Ceux qui ont encore une grand-mère au bled, une tantine dans la jungle et donc, un lien avec leur pays d'origine.
Ceux qui sont majeurs.

Tir au pigeon.
Grand safari grandeur nature et sans avoir à se payer un voyage Club Med aux chutes Victoria, au Zimbabwe ou au Kenya.

Alors, comme on ne sait plus quoi dire pour secouer la torpeur de cet été qui s'annonce brûlant, entre le pain et les jeux du Grand Cirque teuton, les marroniers prévisibles sur les "juilletistes" et autres "aoûtiens" qui ne seront jamais que 50% de la population puisque les pauvres restent chez eux, les polémiques sanglantes sur les dates des soldes, les rafales de photos de Cecilia la Coureuse repentie et Nicolas le Cocu magnifique, on n'a plus à l'idée que des idées simples, vieilles comme l'humanité...

L'hospitalité et ses règles... 


La règle des lois de l'hospitalité

L'hospitalité procède du panthéon des vertus grecques - avant tout. Dans un monde agraire de paysans, de bergers qui paissent leurs troupeaux en contemporains d'Homère, elle compense l'austérité de l'errance par la certitude d'un supplément d'âme assuré dans l'absolu. Invention hellène, donc. Elle suppose la porte ouverte pour tout -je dis bien tout - passant qui sollicite le gîte et le couvert. On ne lui demande ni d'où il vient, ni où il va, ni qui il est, ni ce qu'il fait, certes, mais pourvu qu'il soit l'Étranger absolu, l'inconnu, le personnage conceptuel du chemineau. Dans l'arsenal primitif, l'hôte offre même son épouse pour le repos du vagabond solitaire... Pour parfaire leur crédibilité, souhaitons que les thuriféraires contemporains de cette vertu séculaire aillent jusque-là !
Pourquoi pratiquer ainsi ? Quelles raisons obligent le pauvre à ouvrir son garde-manger, partager sa pitance, prêter son lit, voire sa femme, faire le nécessaire pour qu'un inconnu ne manque de rien tant qu'il est dans sa maison, sous son propre toit ? Une loi naturelle de bienveillance ? Un sentiment moral présent dans le coeur des hommes avant toute loi positive ? Non, pas du tout. Ce qui rend l'hospitalité nécessaire, sacrée, absolue, c'est le regard des dieux. Des dieux ou de Dieu. La générosité vaut comme une assurance vie pour après la vie... Ce geste est un acompte sur le salut.
En théorie, les chrétiens y invitent, les mulsulmans également. Non qu'ils brillent de tous les feux éthiques de manière quintessencée, mais parce qu'ils achètent ainsi leur paradis. Au bout de la table médiévale ou sous la tente du bédouin, le pain partagé, la couche offerte témoignent : ce que l'on fait au plus petit d'entre les hommes, c'est à Dieu qu'on le fait. Le bien comme le mal... De sorte que l'on imagine difficilement une pratique de l'hospitalité qui, pour s'exercer, irait contre le désir des dieux - ou de Dieu. Ouvrir sciemment sa porte au diable ne peut réjouir l'idole des monothéistes.
Peut-on se réclamer de cette vertu de manière postchrétienne ? Est-on interdit d'aimer l'hospitalité, de la pratiquer et de s'en réclamer si l'on ne croit pas au ciel ? Non bien sûr. Quelques ajustements sont nécessaires intellectuellement, voilà tout. Lesquels ? Dire par exemple qu'une hospitalité qui se refuse à l'Autre absolu et se pratique exclusivement avec le Même absolu n'en est pas une. Qui se cache derrière le Même absolu ? Mon frère, mon ami, mon père, ma mère, mon cousin, mon voisin : à quoi rime un devoir d'aimer ceux qu'on aime naturellement ?
Quid d'une injonction à faire ce que, de fait, par affection, on pratique sans obligation ni contrainte ? Il n'existe aucun devoir d'aimer ceux qu'on aime... En revanche, ce devoir fonctionne pour l'Autre, l'Inconnu, le Vagabond, l'Errant, le Tiers - le Pinzuti pour le dire dans le langage de l'île (*). A savoir : l'Arabe, le Continental, le Touriste, le Parisien, voire celui qui vient de Bastia pour l'homme d'Ajaccio, ou l'inverse ! Le Dissemblable radical, voilà l'hôte essentiel.
A l'évidence, l'hospitalité n'est pas un crime tant qu'elle se pratique comme le geste généreux du sédentaire à l'endroit du passant absolu. En revanche, revendiquée par ceux qui peignent sur les murs les Français dehors ou les Arabes dehors, il y a un problème : le mot ne convient plus. Car refuser l'hospitalité du Dissemblable signe toute politique qui se fait une spécialité de la Haine de qui n'est pas soi. Au XXème siècle, du IIIème Reich au Rwanda en passant par Vichy et la Serbie, les exemples n'ont pas manqué...

(*) NdlR : entendre par là, la Corse puisque ce texte fut écrit pour le magazine Corsica.

Michel Onfray

"La philosophie féroce - Exercices anarchistes" - Éditions Galilée 2004 

 

Bande-son : Bérurier Noir - Salut à Toi - Concerto pour détraqués
Bande-son : Bérurier Noir - Salut à Toi - Concerto pour détraqués

Commentaires

A minuit la chasse est ouverte.
A 15 heures, manif, place de la Bastille.

Écrit par : Sébastien Fontenelle | 30 juin 2006

Parigot, va !
Précise ! place de la Bastille A PARIS !!! Tûdjûûû ! :)

Écrit par : Grabuge | 30 juin 2006

Je serais bien allé à Bastille, mais ce n'est plus mon quartier depuis un an.
En revanche, je suis actuellement dans un pays qui vécut sous la dictature 23 ans et dont de nombreuses personnes furent heureuses de trouver l'hospitalité en France, en Allemagne et en Suède. Et de retour dans leur pays, ils parlent avec amour de ce pays, notre pays, qui sut si bien les recevoir, les accueillir, les aimer.. alors, aujourd'hui, ils ne comprennent pas.
Mais, moi, je me souviens que la population s'est mise à accepter, tolérer et supporter sans broncher, le nombre toujours plus importants de personnes dormant dans la rue, dans le métro, par terre... sans pensant à offrir justement cette hospitalité naturelle.
Je me souviens aussi de notre population acceptant l'alongement année après annés des queues des restau du coeur, sans proposer une place à leur table...
On paye aujourd'hui des associtions et on se dédouane d'agir soi-même... un jour il y aura des association pour faire de l'hospitalité de l'étranger leur action...
Je suis triste car j'ai été trop en colère quand je travaillais dans le social et trop près des foyers sonacotra... illustration horriblement hypocrite de l'hospitalité francaise.
J'ai beaucoup aimé votre papier, je le trouve vrai, cruement vrai, presque merveilleusement obsène.

Écrit par : bertrand | 01 juillet 2006

o nous autres les hystériques - tu as entendu le sous-Sarkosy hier à l'assemblée, ou lu ?

Écrit par : brigetoun | 01 juillet 2006

Tu te souviens probablement d'une note publiée chez moi à propos d'un crétin qui proposait de faire du "google bombing" contre Hollande qui "n'aime pas les riches". Comme je te sais informaticienne de haut vol, peut-être saurais-tu faire en sorte que "On ne doit pas expulser des enfants!" s'affiche partout à partir d'aujourd'hui en tapant n'importe quoi. Je pense à la ménagère du Limousin qui taperait "clafoutis", au touriste qui chercherait "rosé frais", au Fontenelle "Primpéran" ;-)
Si ce n'est pas trop compliqué (je n'avais rien compris à sa manip.) j'en serai.

Écrit par : Fleuryval | 01 juillet 2006

J'en serai aussi.
Foutredieu ce Fleuryval me va, décidément.
Incroyable qu'un si piètre bretteur puisse en même temps se montrer si affûté.

Écrit par : Sébastien Fontenelle | 01 juillet 2006

Bon.
Aux deux zigottos, là...
J'explique.
Un Google bombing ne marche que si on est suffisamment nombreux pour que... ÇA MARCHE JUSTEMENT !
Et certainement pas en tapant "n'importe quoi" !
Il faut choisir.
Exemple : je tape Sarkozy dans Google... et Google me donne comme premier site référencé celui de RESF. C'est ça votre but, non ?
Pour arriver à ce résultat, il faut que plusieurs blogobulleurs s'arrangent pour faire un lien sur le site RESF à CHAQUE FOIS qu'ils écrivent Sarkozy chez eux ou chez d'autres (quand les commentaires autorisent l'HTML).
Vous avez pigé ?
Pas vraiment ?
OK.... je vais faire une note spéciale...
Mais vous savez que je BOSSAIS LA, AVANT QUE VOUS VENIEZ ME TIRER PAR LES PIEDS POUR VOS GAMINERIES ?????

Écrit par : Grabuge | 01 juillet 2006

Les commentaires sont fermés.

 
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