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14 novembre 2006

Grenouillages entre "amis"

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Tout le monde se regroupe ! Vite fait ! Fissa !

Le gouvernement promet des aides pour les entreprises prêtes à investir dans "Libération"

On vit vraiment une époque formidable...

Politis n'a semble-t'il pas rameuté autant d'infirmières (libérales et déconventionnées, bien entendu !) à son chevet que Libération.
Le premier qui s'en étonne a droit à trois cours gratuits d'Acadomia par une feignasse d'enseignant (version Pimprenelle), sur "Comment me guérir d'une naîveté confondante ?"

Ils sont venus, il sont tous là...
Dès qu'ils ont entendu ce cri...
Elle va mourir laaaaaaaaaaaaaaaa... 

Zut... la quoi ?
La presse de "gôche" ouverte ?
Le bréviaire du lycaon socialo-libéral ?
L'alibi de la fausse opposition ?

Allez savoir...

Toujours est-il que le coup de Jarnac d'un Joffrin, grand déontologue du "Gala des riches", au moustachu Plenel, ex-Roi du Téléachat sur LCI, semble en émoustiller plus d'un...

Quelle "décadanse des canards" faussement "déchaînés"...

Ainsi donc, les starlettes de l'analyse généreusement octroyée aux petits enfants perdus que nous sommes, nous les "neo-staliniens" selon Philippe Val, entre deux encarts de pub, celles qui dansent dans les cimetières... surtout quand c'est Bourdieu qu'on enterre, vont nous entamer la dernière gigue à la mode ?

Je pouffe.
Et j'ouvre Politis...

Tiens !
En parlant de Bourdieu, voici ce qu'écrivait Michel Onfray dans "Célébration du Génie colérique" (notez bien de qui est la phrase en exergue du chapitre...) :


J'ai été affligé par la pauvreté de son petit pamphlet contre la télévision.
Jean Daniel, Le Nouvel Observateur,
31 janvier - 4 février 2002

Le courage et le panache, en même temps qu'un indéniable goût pour la vérité, puis une passion chevillée au corps pour débusquer le négatif, sans considération du prix à payer, animent Pierre Bourdieu qui, en écrivant contre l'alignement conscient ou inconscient de la plupart des journalistes sur le modèle libéral dominant, s'aliène, bien évidemment, les tenants de ce milieu qu'il déshabille cruellement. On ne pouvait attendre de ces rois et reines de papier mis à nu qu'ils applaudissent des deux mains. A défaut, ils ont organisé une riposte tout entière réductible au bon vieux ressentiment qu'ils prétendent débusquer chez lui...
Dénuder les chimères se paie au prix fort, car les maîtres de ces mensonges indispensables pour exercer leur pouvoir en toute impunité se sont trouvés pris la main dans le sac, vexés d'être découverts bien loin du contre-pouvoir qu'ils prétendent incarner en permanence... La blessure d'orgueil est d'autant plus profonde qu'à l'aide de leur juridiction d'exception habituelle ils prétendent garantir les libertés et la démocratie dans un monde exposé à la perpétuelle négation des droits de l'homme...
Pendant ce temps, Bourdieu démonte les décors, tend son doigt dans la direction des arrangements : il raconte la collusion étroite, évidente, visible, mondaine, entre gens de pouvoir. La différence n'est pas entre la droite et la gauche, mais entre les détenteurs du pouvoir, droite et gauche confondues, et les autres. Bourdieu affirme que la presse n'est pas un contre-pouvoir mais l'une de ses modalités, libérale en l'occurence. Pas une force de résistance, mais une puissance de collaboration, nullement une chance pour la subversion, mais plutôt une illustration de la collusion.
Le coût d'un journal écrit ou télévisé oblige à gérer ses entreprises comme des commerces lucratifs. La soumission de ces instruments aux lois du marché et, conséquemment, la transformation des acteurs des medias en auxiliaires de ces pouvoirs, paraît une évidence : saturation et gouvernement de la publicité, mise en exergue du fait divers, célébration de l'anecdote, multiplication des divertissements, usage spectaculaire de la violence, du sexe, de la trivialité, des mondanités, activation des logiques exhibitionnistes et voyeuristes, et surtout, congé donné à tout ce qui permet l'analyse, la reflexion, le débat réel, le commentaire, l'argumentation de l'intelligence au service d'une résistance aux modèles dominants.
Pour avoir seulement énoncé ces vérités visibles par quiconque se veut de bonne foi, pour avoir théorisé, conceptualisé, montré, attiré l'attention, accompli son travail de sociologue critique, Pierre Bourdieu a déclenché une hystérie sans nom. Sa faute ? Un travail honnête, sincère, légitime et critique sur des instruments puissants de fabrication de la pensée populaire et de la domination des masses. Pour les démocrates autoproclamés que sont journalistes, directeurs de presse, vedettes en vue dans le monde journalistique, la riposte fut singulière... Plus proche de la réaction épidermique d'oligarques surpris dans leurs usages claniques que d'hommes et de femmes désireux d'amender leurs pratiques mafieuses, la caste en a rajouté dans le tribal en utilisant toutes les armes à sa disposition. Sur le cercueil à peine fermé de Pierre Bourdieu, certains dansaient, animés par la bonne vieille légitime défense du primate de base.

Un pamphlet, donc. Et l'affaire est entendue. Un libelle, une critique infondée, un fragment suant la mauvaise foi et le ressentiment, un exercice de haine, un objet insignifiant, sans épaisseur intellectuelle, tout juste motivé par la paranoïa, l'esprit sectaire, la méchanceté d'un homme frustré de son contingent de fleurs dans les médias français - lui qui croule sous le poids d'une presse mondiale et sous les commentaires planétaires ! Bourdieu dispose d'une légitimité internationale qui lui permet des analyses indépendantes d'une réponse épidermique à une affaire de personne...
Mais la qualification - le terme juridique s'impose... - de pamphlet permet d'éviter la discussion et la confrontation des arguments. Ainsi peut-on passer les thèses sous silence et se dispenser d'en examiner le contenu. Mieux vaut s'attarder sur quelques noms propres et deux ou trois anecdotes données en patûre que d'analyser les dénonciations pointées en profondeur : le rôle des parts de marché, de la concurrence et de l'audimat dans la production d'une information moins vérité objective que résultat subjectif d'un jeu de forces libérales ; l'intégration, consciente ou non, de réflexes idéologiques chez les présentateurs de l'information fabriquée selon ces logiques ; la dissimulation de l'ordre libéral sous la fiction d'une presse indépendante ; l'intérêt pour les gens de pouvoir à formater une opinion publique à l'aide d'informations traitées comme des validations de la pensée dominante ; la dépolitisation par le recours à l'affectif, l'instinctif, le viscéral, l'ensemble s'effectuant au détriment de la raison, de l'intelligence et des idées - et autres thèses qui, à défaut d'une critique fondée, ont été évacuées plus que récusées, englouties par une réduction de l'ouvrage à l'anecdote et aux exemples.
A mettre en exergue tel ou tel nom propre, à parler de règlement de compte, à réduire ce livre à une affaire de famille, les tenants du terme pamphlet  avalisent paradoxalement ses thèses : en réagissant sans idées, à la manière d'un animal blessé, en activant les corporatismes, en défendant tel ou tel individu accessoirement nommé, tout en se dispensant d'en appeler à la critique des idées, les domestiques de la machine mise à nu montrent pitoyablement leurs vices - et, de surcroît, la vérité de l'analyse...

(NDLR : Il est fait ici référence au texte de Pierre Bourdieu, paru aux Editions LIBER - Raisons d'agir en 1996, sous le titre "Sur la télévision".  Collection indispensable, au demeurant...)

 

Mais ne rêvons pas...
C'est Ruy Blas qui se joue.
"Bon appétit, Messieurs !"

Commentaires

A cette heure-ci, moi c'est plutôt :"bonne nuit, madame" !
(Ça fait toujours du bien de relire un peu d'Onfray avant de s'aller pieuter !)

Si on compte sur Joffrin pour remettre Libé sur des rails de gauche …

Écrit par : Bernard Langlois | 14 novembre 2006

euh ... j'ai été bien plus radical que vous ...
http://soumission.sociale.over-blog.com/article-4550694.html
mais c'est vrai aussi que chuis pas démocrate ... moi ....

Écrit par : les marques du plaisir | 15 novembre 2006

a part ça ... merci pour la mise en ligne de ce "morceau" ...
:o)))
putain j'ai un de ces esprits de l'escalier terrifiant ... faut toujours que je jette un premier jus que je modifie par la suite ....
c'est grave docteur ???
Perso, je pleure plus depuis longtemps sur les arroseurs arrosés ...

Écrit par : les marques du plaisir | 15 novembre 2006

@ Bernard

Ça fait TOUJOURS du bien de lire Onfray ;)
Pour ce qui est de Joffrin et Plenel, on passe juste de Charybde en Scylla...
Vois ça du bon côté : ça va ramener de plus en pus de lecteurs à Politis !

@ les marques du plaisir

Chacun son emploi, mon bon ! :)
Et qui vous dit que je suis démocrate ?... :-D
Pour le reste, l'esprit d'escalier, j'en suis affligée tout comme vous.
C'est agaçant, non ?

Écrit par : Grabuge | 15 novembre 2006

C'est agaçant, mais c'est utile. Surtout quand l'ascenseur est en panne …

Écrit par : Bernard Langlois | 15 novembre 2006

bah c'est surtout pénible pour les autres, il parait ...

euh, j'ai pô d'ascenseur remarque ....

Écrit par : les marques du plaisir | 15 novembre 2006

@ Bernard et les marques du plaisir

Pas d'ascenceur non plus.
Tout à la main depuis 25 ans : les mômes, les poussettes, les vélos, les courses, la litière du chat, les bûches pour la cheminée, les déménagements...

En revanche, les autres, je m'en fous un peu... c'est moi que ça enquiquine en premier... je me ficherais des claques quand j'ai la phrase qui tue qui ne vient que 10 minutes après coup...

Écrit par : Grabuge | 15 novembre 2006

Euh … Question phrase qui tue, j'trouve que tu es assez performante, en général !

(Au fait, à tous : Politis a gagné ! Détails sur le site en haut à droite. Merci dix mille fois !)

Écrit par : Bernard Langlois | 15 novembre 2006

@ Bernard

Arf ! Mais je ne dis pas le contraire ! Il n'est qu'à voir le nombre de "meilleurs ennemis" que je me suis fait dans la blogobourgeoisie Kanichabouchienne ! ;)

Le problème, c'est que ça gicle au mieux dix minutes après la bagarre... au pire (véridique) une fois que j'ai éteint l'ordi, me suis douchée, roulée en boule sous la couette et éteint la luz... ;)
Et là, noeud gordien : soit je me relève, enfile un kimono, rallume tout et sauvegarde le bouzin, soit je me dis que je le ferai le lendemain.
Sauf qu'avec l'âge qui vient, le lendemain, une fois sur deux, j'ai oublié la fameuse phrase qui tue...
Tûûdjûû... vieillir... quel naufrage ! ;-P

Écrit par : Grabuge | 15 novembre 2006

A qui le dis-tu !
Moi aussi, si tu savais les bons bloc-notes, pleins de belles phrases bien tournées, que je m'écris dans la tête juste avant de sombrer dans le sommeil … et que le matin reste plus rien !

Écrit par : Bernard Langlois | 15 novembre 2006

exact, lire Onfray, ça fait toujours du bien!

Écrit par : céleste | 15 novembre 2006

@ Bernard

Je sais que ce n'est pas charitable mais... je rigole de me savoir moins seule en ce miroir (air de Marguerite... les non operaphiles, cherchez même pas !).

@ Céleste

Je suis bonne©, façon Haroun El Poussah...
http://lesracinesdumal.canalblog.com/archives/celebration_du_genie_colerique_de_m__onfray/index.html
http://lesracinesdumal.canalblog.com/archives/la_philosophie_feroce_de_m_onfray/index.html
http://eloge.de.la.fuite.free.fr/blog/?page_id=157
http://eloge.de.la.fuite.free.fr/blog/?page_id=53

De rien... c'est un plaisir hédoniste... ;)

Me poussez pas trop parce que je vous balance en radio-blog toute la "Contre-histoire de la philosophie"... ça vous fera les pieds !

Écrit par : Grabuge | 16 novembre 2006

Bon, j'arrive en dernier, parce que l'esprit d'escalier, je l'ai même après ... mûre réflexion.

C'est quand même pas tout le monde qui se fait houspiller dans trois blogs-cultes et ignorer dans le quatrième dès le premier com' - ou presque.

Elle est où, la musique, Grabuge?

J'ai adoré Prokofief en pleine nuit devant mon clavier.

Le problème, ça a été la voisine du dessus.

Écrit par : emcee | 20 novembre 2006

Les commentaires sont fermés.

 
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