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23 novembre 2006

Dire oui

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Mise au point nécessaire.
Et venant d'une Grabuge-Lilith, "non" radical ontologique, c'est assez savoureux...
Mais puisqu'il le faut, allons-y.

Dire oui

 

« Le oui caché en vous est plus fort que tous les non et tous les peut-être dont vous êtes malades, avec votre époque… »
Friedrich Nietzsche
Le Gai Savoir, livre cinquième - 377.

Tu sais bien, Passant, mon compagnon de route, les difficultés que nous rencontrons, ce contre quoi nous luttons, vent debout… Dans le silence assourdissant des ventres repus de nourritures correctement prescrites, dans le reflet des vitrines décorées avec l'or volé aux mains de ceux qui travaillent, dans les paroles sucrées de la pieuvre doxa des bien-pensants, tu reconnais la lame des tueurs de phrases, des massacreurs d'histoire, des équarrisseurs d'espérance.

Depuis le temps des bombes, des tombes, nous avons fait profession de vigilance, nos regards sont aussi aigus qu'un scalpel, nous nous sommes donnés pour tâche de traquer, partout dans et hors de nous, les truquages, les gestes de domination, les mots lâchés comme des molosses, la marque des maîtres derrière les paravents du pouvoir… Nous avons essayé, depuis longtemps, de ne plus croire aux prophètes, de ne pas faire signe à ceux qui nous traînent dans la boue, nous nous sommes jurés de ne faire confiance qu'à ceux qui crient.

Nous avons appris, malgré le peep-show cathodique, à voir derrière leurs images glacées les dents des marchands. Toi et moi, camarade ordinaire, nous avons pris des chemins nouveaux, emprunté des routes pas encore ouvertes, osé penser à contre-courant, pour que restent en quelques endroits des poches de résistance. Si le « moi se pose en s'opposant » : alors nous voilà bien installés. En ces temps où les ruses des pouvoirs sont multipliées par les milliards de liens de notre servitude volontaire, nous avons eu raison de dire non. Il y avait urgence à savoir ce que nous ne voulions pas être, ni faire, ni dire. Il faut toujours, d'abord, comme l'enfant qui se construit, dire non à ce qui menace, ce qui pense à notre place, ce qui nous courbe vers le sol comme une fleur qui meurt de soif. Gardons ces armes, les jours que nous vivons demandent une extrême détermination pour ne pas sombrer dans les béatitudes que l'on nous fabrique.

Mais aujourd'hui, il nous faut aller plus loin. Parce que l'autre ennemi qui nous guette s'appelle cynisme, désenchantement, négation systématique, relativisme blafard où tout se vaut et rien ne vaut jamais rien. Il ne faudrait pas que le non salutaire torde nos bouches en un rictus figé de haine du monde. Détruisons les idoles à coup de marteau, soyons de la dynamite, mais n'oublions pas de dire oui aux lendemains que nous rêvons, à toutes les secondes que nous vivons. Dire oui, c'est maintenant.

Je n'ai pas à te convaincre, passant ordinaire, ni à te présenter la mienne liste de ce qui vaut la peine d'être fait, dit ou vécu. Tu as ton propre chemin et nous nous rejoignons bien avant l'horizon. Nous marchons ensemble, parce que nous le voulons, parce que nous prenons le risque amoureux du combat partagé. Parce que nous pensons que la posture esthétique ne vaut qu'en tant qu'elle est aussi politique des formes, des phrases, du rapport au monde. Parce qu'il faut agir et rêver, jamais l'un sans l'autre, sinon nous n'y arriverons jamais, la beauté de l'utopie est dans les actes d'aujourd'hui, autant que le rêve est vrai.

A ceux que ces mots ennuient, aux cœurs gelés, aux penseurs de l'abîme, prédisons-leur une prochaine période de glaciation très sévère. Le nihilisme fait le lit des programmes sectaires, des sauveurs de l'humanité (« malheur au pays qui a besoin de héros », disait Brecht), des marcheurs au pas… Si rien ne vaut rien, pourquoi pas la décadence, l'ironique inaction, la capitulation des corps ? Non à ceux qui ne savent jamais dire oui.

Il est temps de construire.


Sergio Guagliardi
© Passant n°40-41 [mai 2002 - septembre 2002]

 

Capisce ? 

 

Bande-son : Rage against the machine - Take the power back

Commentaires

"Sergio Guagliardi"?
Je savais pas qu'Alain Touraine écrivait sous pseudo...
(Capisce?)

Écrit par : Sébastien Fontenelle | 23 novembre 2006

je crois qu'il est temps , oui ...

Écrit par : les marques du plaisir | 23 novembre 2006

Marrant: je pensais pas tomber ici sur le vieux "truc" disqualifiant, généralement usité en d'autres lieux, qui consiste à balancer du "nihiliste", et du "vous-savez-que-critiquer-mais-que-proposez-vous", et du "vous-savez-que-dire-non-vous-êtes-les-idiots-utiles-du-sectarisme", dans la gueule de ceux qui auraient l'outrecuidance de ne pas faire allégeance à la (aux) pensée(s) dominantes(s) - fussent-elles autainistes...
(Raison pour laquelle je trouve complètement con le texte ci-dessus reproduit, qui décline sur un air prétendument alternatif la rhétorique habituelle de tous les "nouveaux philosophes" et autres penseurs couchés de la planète.)
J'ai dû me tromper...
C'est pas grave...
C'est des choses qui arrivent...

Écrit par : Sébastien Fontenelle | 23 novembre 2006

ben moi j'aime Nietzsche,toujours et depuis si longtemps...

A Eze je faisais sa promenade, qui s'élève au-dessus de la mer, serpentant à flanc de colline entre la garigue et les pins.

j'aime bien le texte de Sergio Guagliardi (par contre je ne sais pas qui c'est)

oui, il faut dire oui!
et à non à la capitulation des corps
surtout ne pas être des morts en sursis
vivre

aaaaaah, le sub- commandant Markos...soupir!!

Écrit par : céleste | 23 novembre 2006

@ Sébastien

Ben c'est que tu dois être fatigué parce que tu y as lu ce qui n'y était pas.
Fais-moi plaisir : relis-le à tête reposée...
Ça parle de dynamite, de coups de marteau, de scalpel et de rêve vrai.
C'est très exactement ce qu'écrivent des Vaneigem, des Castoriadis, des Marcos et des Chomsky depuis des années... sauf que je te soupçonne de n'y avoir vu qu'un simpliste "appel à voter", alors que c'est un appel à SE BATTRE.
Je me doute bien que les mois qui viennent vont être sportifs pour toi qui assume et revendique le fait de ne pas voter et qu'ils ne manqueront pas ceux qui viendront se bousculer à ta porte pour te donner des leçons de morale mais si tu commences à "crisper" dès Novembre en la jouant parano, tu ne vas pas arriver jusqu'au mois d'Avril, mon bon !

Un peu comme quand tu me dis que je m'embourgeoise parce que je dis trouver bonne l'interview de Clémentine Autain.
Franchement... locataire, RMIste et dont le seul bien un peu conséquent dont je sois propriétaire est une R5 TL de 1990 !
Pas de vacances... ni en Lozère... ni nulle part ailleurs, depuis 5 ans.
Pas de portable.
Même pas un PEP ou un Livret ni A ni LEP à l'horizon !
C'est dire...
"S'embourgeoiser" ?... tu veux donc dire qu'au-dessus de SDF, et si on a le malheur de ne pas juger à la même aulne une Clémentine Autain et une Ségolène Royal, on passe de l'autre côté de la barrière ? chez les méchants-vilains-pas beaux ?
C'est du scoop, ça...

Tu sais quoi ? Tu dois avoir besoin de vacances... en Lozère...
Tu m'enverras une carte postale ?
Promis. Moi, je ne bouge jamais...

Écrit par : Grabuge | 23 novembre 2006

Ben là...
J'crois que j'vais même pas répondre à ça - et pas seulement parce que c'est vachement chiant d'écrire dans une Bentley lancée à pleine vitesse sur l'autoroute.
(Ca fait des années que je dis à Firmin d'aller moins vite, à chaque fois il rate la sortie "Marvejols", et il nous a déjà plié deux Rolls. Reusement que mon éditeur me verse maint trilliard, le petit personnel ne se tient plus.)
Navré d'avoir dérangé, bonne continuation, bonjour chez vous.

Écrit par : Sébastien Fontenelle | 23 novembre 2006

Allons bon...
Décidément, ce ne devait être notre jour, ni à Bernard Langlois ni à moi...
Je savais bien que les mois de Novembre étaient meurtriers.

Écrit par : Grabuge | 23 novembre 2006

j'ai relu votre texte trois fois, je lis tout tjs trois fois, parce que le mots sont souvent bien traites
ils échappent aussitôt tracés à l'auteur , le lecteur se les approprie

dire oui , après avoir dit non : oui.....

mais que l'on nous donne l'opportunité de pouvoir dire oui et de construire, sans faire de la rénovation sans âme : peinture sur merde = propreté, c'est valable juste dans la marine

cela remettrait en cause également, navrée de le dire, tout ce que la blogosphère politique nous propose en ce moment

@ sébastien : pq ne pas voter blanc ? c'est un acte de résistance plutot que de ne pas voter

Écrit par : lesyeux | 04 décembre 2006

@lesyeux

Moi, ce qui me navre, c'est qu'un texte où il n'est nullement question de "vote" en vienne à être lu sous cet unique prisme.
C'est ce que je crains depuis des mois.
Qu'on en vienne à considérer tout ce qui se passe dans le monde avec la seule grille de lecture des présidentielles françaises.
"Dire oui" peut se décliner d'un millier de façons.
Voter ou pas en fait certes partie mais c'est loin d'être la pierre d'achoppement.
Lutter, agir, résister comme tu le dis, ne passe pas obligatoirement par les urnes.
Il se trouve que moi non plus, je ne vote pas.
Plus exactement, je ne vote plus.
Pour des raisons intimes et non pour des raisons politiques.
C'est mon droit, comme c'est le droit de Sébastien.
Parce que le droit de vote implique automatiquement le droit de NE PAS VOTER.
Et les deux sont indissolublement liés.

Mais ce que je déplore, c'est qu'on s'enferme dans un "contre" qui paralyse, qui immobilise.
"Dire oui", c'est bouger.
Quelque soit la façon dont on s'y prend ou dont on l'invente.
L'exemple-même en est ce qui est arrivé à Politis.
Sauver Politis, c'était une façon de "dire oui", ce qui ne signifie pas signer un chèque en blanc ou adhérer aveuglément à ce qu'est ce journal.

J'espère que c'est plus clair ainsi et que cela clôturera les procès d'intention ou les raccourcis simplistes.

Écrit par : Grabuge | 04 décembre 2006

je n'avais pas lu ce texte comme un propos concernant le vote à vrai dire ...mais j'ai lu les com à suivre , ce qui donne tjs une image différente de sa propre lecture au billet, l'éclaire différemment
je suis d'accord cette vision des choses : dire non ...permet de dire oui
et il faut oser (ou avoir le courage de le verbaliser) ce oui, qui finit par obliger à tjs se remettre en question


quant au droit de vote, j'avoue humblement rester dans le doute, ne pas savoir définitivement quoi en penser
le droit de vote implique -t-il le droit de non vote ?
je n'en sais rien....
il est devoir en belgique et ailleurs
dans un pays démocratique est-ce un devoir ou un droit ?

une question :
puisque vous ne votez pas grabuge et sebastien, donneriez vous votre droit de vote, le droit d'exprimer sa volonté à celui qui ne le possède pas ? par ex à un sans papier sur le territoire ou à un sdf ?
rendriez vous votre parole inutile à celui qui ne l'a pas, en allant fidèlement mettre dans l'urne ce que veut cet homme ou cette femme ?

Écrit par : lesyeux | 04 décembre 2006

@lesyeux

Je comprends ton doute mais je ne le partage pas.

Le droit de vote est quelque chose d'essentiel (d'où mon billet sur Mandela). Et je suis certaine que Seb partage cette idée.
Mais le droit de vote n'est pas le devoir de vote.
Je suis absolument contre la législation belge en l'occurence.
S'il y a obligation de vote, c'est le libre-arbitre de l'être humain qui est bafoué.
Chacun a droit, je dis bien DROIT, à décider de ce qu'il met dans le droit de vote et son exercice.
Le fait de rendre obligatoire le droit de vote est une erreur totale parce qu'elle fait l'impasse sur le raisonnement propre et inéliénable de chaque individu.

Pour ce qui est de ton questionnement au sujet des SDF ou des sans-papiers, pardonne-moi, mais ce n'est pas sérieux.
Tout d'abord, et bien que ça ne se sache pas malheureusement, un SDF peut voter même sans domicile. Il faut pour cela s'inscrire auprès du CCAS de la ville dans laquelle on est et qui fera très légalement office de domicile.
Alors s'il y a quelque chose à faire en l'espèce qui ressemble à "Dire oui", c'est faire une campagne nationale pour faire savoir à tous les SDF qu'ils peuvent voter par ce biais.... là, c'est de la vraie bagarre, de l'utile, du concret !
Pour les sans-papiers, ne joue pas avec ça...
Tu sais très bien qu'il n'y a rien de "simpliste" dans l'idée du vote NATIONAL pour les étrangers.
Qu'un polonais puisse voter en France parce qu'il y vit depuis 6 mois ne semble poser de problèmes à personne alors que la Pologne est dirigée par un duo de droite intimement allié à l'extrême-droite la plus raciste et antisémite qui soit...
Qu'un maghrébin installé depuis 20 ans en France, pas naturalisé, on lui ferme les portes à l'expression démocratique par excellence, le droit de vote...
C'est injuste ?
Ben oui. Et alors ? Le fait de découvrir le fil à couper le beurre n'en fait pas un exploit....

Et c'est tout le problème.
Sur quoi on se base ?
Nos a-priori à la mode comme quoi le monde "supposé" musulman serait dangereux et le monde "supposé" chrétien, tendance catholique ne le serait pas ?

Perso, je trouve la Pologne beaucoup plus dangereuse que le Maroc, en l'espèce...
Mais je juge ou préjuge selon mes propres grilles de lecture.
Est-ce que j'en ai le droit ? De quelle supériorité devrais-je me prévaloir pour ostraciser les uns ou les autres ?

Et enfin...
Qu'est-ce qui peut te permettre de juger notre parole, à Sébastien ou à moi-même, d'inutile sur la simple base qu'on ne vote pas ?
Je connais des tas de bovins qui votent (malheureusement) sans rien faire d'autre, et j'en connais d'autres qui ne votent peut-être pas mais qui passent leur temps à faire bouger les choses, à tenter de les infléchir...
Utiles ?
Serions-nous inutiles par le simple fait de ne pas voter ?
Ben zut alors....
Alexis Carrel n'aurait pas dit mieux...

Pardonne la virulence du propos (je n'ai même pas envie de me relire ou de m'adoucir) mais primo j'ai vécu une très sale période depuis le malentendu sur le fait d'avoir diffusé l'interview de la Clémentine, secundo, je m'apprête à en vivre une bien pire dimanche soir...
Ceci explique cela...
Rien de personnel !

Écrit par : Grabuge | 04 décembre 2006

je ne m'offusque pas du ton de ton propos, et le mien était tout à fait dubitatif, parce j'ai en fait assez peu de certitudes , je cultive le doute comme hygiène de l'esprit

je respecte trop la liberté de penser de chacun, et meme si tu es en colère cela ne me 'vexe' pas

juste ceci : je n'ai pas dit que vos paroles étaient 'inutiles' dans le sens où tu l'entends grabuge, ce n'était pas un jugement de valeur
il faut parfois relire deux fois les propos d'un commentaire avant d'etre certain d e leur signification , surtout sur le net où la gestuelle, le regard et le ton de la voix ne les confirment ou ne les infirment...

je disais simplement que la non disposition de ce bulletin de vote pouvait être offert à quelqu'un qui n'en disposait pas, (puisque vous ne vouliez pas prendre cette parole offerte, en cela 'inutile' pour l'expression de qq chose)

à ce propos , j'ai fait samedi un billet sur le vote blanc ; si le vote blanc était pris en compte la donne changerait du tout au tout et les élections par le passé prouvent que rien n'aurait été acquis de la meme façon par les vainqueurs (légitimité)

il me semble , (je dis bien il me semble) que dans l'abstention, on y trouve celui qui n'en a rien à faire, se contrefiche de ce qui peut se passer, que l'on vire à l'extremisme, au cahos, on y trouve celui qui n'y comprend rien, on trouve celui qui refuse par idéologie d eprendre part au vote, celui qui préfère aller se baigner à l'océan, celui qui a la flemme , etc.....
dans le vote blanc , il exprime sa volonté de dire NON, à moins de considérer qu'il y a 7% de crétins qui savent pas comment faire pour mettre un bulletin dans l'urne et qui se sont "trompés"

mais, effectivement cela n'engage que moi

à ce propos merci de m'avoir informée que les sdf pouvaient voter je ne le savais tout siplement pas ! il faudrait, oui, le faire savoir avant le 31 decembre, même si bcp iront me prétendre qu'ils n'ont aucune connaissance de la chose politique

mais ressure- toi, je n'ai jamais pensé à te lire ici ou ailleurs que ta voix ou ton silence soit inutile ; ))



(

Écrit par : lesyeux | 05 décembre 2006

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