Avertir le modérateur

29 avril 2007

Le Petit Chaperon rouge

medium_loup.jpg

La seule chose, en fin de compte, que Sa Talonnette n'aura pas piqué au Borgne, c'est son goût immodéré de l'imparfait du subjonctif et son langage suranné.

Parce qu'il nous a remis ça à Valenciennes au milieu d'ouvriers fortement dubitatifs.

Quand Nicolas Sarkozy reçoit des associations de quartiers difficiles, il parle ce qu'il pense être le "parler racaille" ou le "parler jeunes de banlieue".
Quand il visite une usine, il cause ce qu'il pense être le "parler populo"...
Et ca donne ça :


"Il y en a qui sont dans un grand hôtel à bavasser ensemble, moi, mon hôtel, c'est ici", "sur le terrain". "Eux, ils discutent boutiques et partis, moi je suis au milieu des Français".


Clair. Pour un ouvrier, il faut traduire discussion démocratique par "ça bavasse" sinon il va vraiment croire que le débat politique, ça le concerne. 

"Les RTT, ça sert à rien quand on n'a pas d'argent pour payer des vacances à sa femme et à ses enfants".
"Eux, là-haut, ils ne peuvent pas comprendre" 


Notons au passage que l'ouvrier est un mâle dominant portant obligatoirement à bout de bras velus et musculeux bobonne et chiards, les poids morts dont il est le chef de famille... les femmes apprécieront...
Notons aussi que le temps libre, pour le Saigneur de l'Île de la Jatte, c'est "payer des vacances" et rien d'autre. Pas se reposer avec ses mômes, faire du vélo dans le quartier, discuter école et devoirs.
Le temps libre est obligatoirement coûteux et payant pour notre récent adepte du monde ouvrier.

"C'est un engagement", a-t-il dit. "Je ne veux pas qu'il y ait un assisté qui puisse gagner autant qu'un travailleur", a ajouté le candidat, avant de promettre que "ceux qui n'ont pas de boulot, on va les mettre au travail, on va leur donner une formation"


Il faudra qu'on m'explique un jour comment Karcher 1er a réussi à bannir de son vocabulaire le mot "chômeur" pour le remplacer par celui d'assisté.
Puis par patiemment en faire un synonyme d'escroc, de voleur, de resquilleur, de faignasse.
J'en connais certains du côté de Toulouse qui toussent à s'en faire exploser les bronches.
Surtout après avoir reçu leur prime d'intéressement annuel d'ouvrier d'Airbus, futures faignasses donc, de... 2,80 euros !
L'assisté Forgeard et ses près de 9 millions d'euros pour avoir coulé la boîte où ils font les 3/8 s'en tient encore les côtes de rire...

Je vous l'avais dit plus haut.
Nicolas Sarkozy a piqué en totalité la caisse de ce pauvre Le Pen !
Même en captation d'héritage, le millionnaire de Saint-Cloud dépouillant les petits vieux séniles sur leur lit de mort fait figure d'amateur.

"Venez... venez... petits pigeons..." *voix de Michel Simon dans le délicieux "Drôle de drame" de Marcel Carné*

Ou l'autre version du Petit Chaperon rouge que je rappelle pour les moins de 20 ans élevés au "Warcraft".  

Il était une fois une petite fille de Village, la plus jolie qu’on eût su voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien, que partout on l’appelait le Petit Chaperon rouge.

Un jour, sa mère, ayant cuit et fait des galettes, lui dit : Va voir comme se porte ta mère-grand, car on m’a dit qu’elle était malade. Porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. Le Petit Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre Village. En passant dans un bois elle rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n’osa, à cause de quelques Bûcherons qui étaient dans la Forêt. Il lui demanda où elle allait ; la pauvre enfant, qui ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter à écouter un Loup, lui dit : Je vais voir ma Mère-grand, et lui porter une galette, avec un petit pot de beurre, que ma Mère lui envoie. Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le Loup.
Oh ! oui, dit le Petit Chaperon rouge, c’est par-delà le moulin que vous voyez tout là-bas, à la première maison du Village. Eh bien, dit le Loup, je veux l’aller voir aussi ; je m’y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera. Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.
Le loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la Mère-grand ; il heurte : Toc, toc. Qui est là ? C’est votre fille le Petit Chaperon rouge (dit le Loup, en contrefaisant sa voix) qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère vous envoie. La bonne Mère-grand, qui était dans son lit à cause qu’elle se trouvait un peu mal, lui cria : Tire la chevillette, la bobinette cherra. Le Loup tira la chevillette et la porte s’ouvrit. Il se jeta sur la bonne femme, et la dévora en moins de rien ; car il y avait plus de trois jours qu’il n’avait mangé. Ensuite il ferma la porte, et s’alla coucher dans le lit de la Mère-grand, en attendant le Petit Chaperon rouge, qui quelque temps après vint heurter à la porte. Toc, toc.
Qui est là ? Le Petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup eut peur d’abord, mais croyant que sa Mère-grand était enrhumée, répondit : C’est votre fille le Petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère vous envoie. Le Loup lui cria en adoucissant un peu sa voix : Tire la chevillette, la bobinette cherra. Le Petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s’ouvrit.
Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture : Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi. Le Petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa Mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit : Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ? C’est pour mieux t’embrasser, ma fille.
Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ? C’est pour mieux courir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles ? C’est pour mieux écouter, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ? C’est pour mieux voir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents. C’est pour te manger. Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea.

 

MORALITÉ

On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.

Charles Perrault 


Ou comment détourner la colère justifiée de ceux que les amis d'enfance, les frères, la mafia d'un Sarkozy a progressivement dépouillés de leurs droits, de leurs acquis, de leur espoir.

Difficile de faire avaler le costume d'un Sarkozy ouvrier quand on est né à Neuilly, que Maman et Papie vous ont payé vos études dans les lycées privés les plus huppés de la capitale et offert votre cabinet d'avocat fiscaliste en prime, quand votre "boulot" consistait à organiser l'évasion fiscale en Suisse des Leconte et Cie, lesquels vous aviez attirés dans vos filet en utilisant la brochure "Mariage à Neuilly avec Nicolas en animateur vedette", quand vos meilleurs amis sont Bouygues, Lagardère, Arnault ou Pinault, milliardaires délocalisateurs... 

Alors on pique la recette de Le Pen en l'améliorant encore un peu plus dans l'ignominie : vous êtes un "déclassé" parce que travailleur précaire ou pauvre ou en voie de l'être ? Vous n'avez aucun espoir d'amélioration de votre situation puisque votre patron vous serine depuis plus de 10 ans qu'il y en a 10 qui attendent votre boulot et que c'est ça ou la porte ? Vous savez que vos gosses ne s'en sortiront pas mieux que vous puisqu'ils n'hériteront que de votre pauvreté n'étant en rien concernés par les privilèges fiscaux prévus dans le programme Sarkozy ? Ne cherchez plus... on va vous trouver un palliatif, un punching-ball atteignable, une cible à votre désespoir : "l'assisté".
Oui !
Celui qui a encore moins que vous !
Pas l'autre, là... mon copain le millionnaire, mon vrai patron !

Et si ce n'est pas suffisant pour vous bourrer le mou et vous empêcher de vous précipiter dans la rue, on va vous offrir le cadeau Bonux de l'identité nationale et de la "fierté d'être français".
Ben voui... quand on n'a plus rien, on ne crache pas sur le petit hochet inutile qui va vous faire penser que "non, non... je ne suis pas un déclassé, un bon à rien, bon à jeter, bon à presser... je suis français, moi, Monsieur !"

Histoire que vous ne perdiez pas la dernière petite lueur d'espoir d'être quelque chose... à défaut d'être quelqu'un.
Parce que contrairement à la poudre ou aux explosifs, c'est quand cette dernière lueur disparaît que paraît l'étincelle qui emflamme les brasiers de la colère.
Et les brasiers de la colère, ça vous jette sur les pavés. Pas dans les travées du Carrefour du coin avec un caddie comme prothèse ou cerveau de remplacement... en bon gnou français et fier de l'être

Franchement... on aura rarement vu escroquerie d'une telle ampleur. 

Tiens ?
Ça me donne une idée de bande-son...

Vous connaissez l'Ouverture "1812" de Tchaïkovsky ?
Vous croyez que non mais en fait, si. Au moins le final. En plus, il y a plein de petits bouts de La Marseillaise dedans !
Elle est jouée tous les 4 juillet aux USA avec feu d'artifice final et est un des airs patriotiques les plus célèbres de la planète...
Sauf que...

Sauf que cette fameuse Ouverture 1812 n'a rien à voir avec ce qu'elle est censée commémorer : la seconde guerre d'indépendance des USA, celle de 1812 justement.
Elle a été écrite par le divin Tchaïkovsky pour célébrer la déroute de Napoléon et de sa Grande Armée lors de la désastreuse campagne de Russie en 1812...
Rien à voir avec l'indépendance des États-Unis d'Amérique.
Juste un détournement de sens de plus.

Je la colle ici en écoute... en espérant qu'elle préfigure la défaite de notre "Nabotléon" à nous qu'on a...
Vas-y, mon Piotr ! Attaque ! Mord-le aux fesses avec les dents de l'Histoire !

 


Bande-son : Piotr Illich Tchaikovsky - Ouverture Solennelle -1812- Boston Symphony Orchestra - Herbert Von Karajan

Commentaires

"Je ne veux pas qu'il y ait un assisté qui puisse gagner autant qu'un travailleur"

Traduire : "Connards, vous gagnerez aussi peu les uns que les autres. Mon ami Tony Blair que j'ai, un socialiste comme je les bessonnise - non, je les aime - a inventé un truc génial qui s'appelle le "working poor" : comptez sur moi et ma copine Parisot pour l'importer.

Écrit par : PMB | 29 avril 2007

Merci ce moment de musique.
Merci pour ce texte, franc, direct qui ne laisse augurer que le pire.

Écrit par : Louise | 30 avril 2007

Si le Nabotléon arrive à ses fins avec sa ribambelle de nains de jardin (encore 6 jours) je crois qu'il y a pire chose que de se mettre debout.

C'est dans nos têtes. Il n'y a pas de Liberté sans désespoir.
A nous de voir et cessons de nous considérer comme carpette éternelle.

Peut être que tout commence. Chiche!

Écrit par : GPMarcel | 30 avril 2007

Dans le genre vocabulaire scandaleux j'ai noté un magnifique "Le travaille c'est la liberté" dans sa video d'entre deux tours.

Pour memoire c'est la traduction aproximative du message d'acceuil aux portes des camps de concentration et de travail forcé.

Je pense que ca resume assez bien sa vision du monde ouvrier.

Écrit par : renaud | 02 mai 2007

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu