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16 mai 2007

Une journée blanche et sèche

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Je n'en verrai rien.
Comme je n'ai rien vu depuis ce crépuscule de mai aux teintes aussi rougeoyantes que les marches aux flambeaux en ces stades d'autres temps.
Le temps des "Damnés" de Visconti.
Les yeux clos dans la nuit vivante qui s'installe.

Non que je me barricade derrière un déni de réalité.
Juste ne pas engranger d'images, de souvenirs visuels.
Au risque qu'ils n'imprègnent quelques couches oubliées dans les replis et les volutes des synapses.
Et qu'un jour, sans crier gare, ils ressurgissent tels des fantômes putrescents.

Ne pas polluer sa mémoire des relents du festin des lions.
Savoir que le lion ripaille suffit largement.

Mettre du temps devant soi, devant cette porte close.
Et éclater de rire.
Retrouver "la consolation qui illumine" de Stig Dagerman.
Se relever et aller retrouver "les autres" dans les couloirs étroits de la raison.
Et toucher le coeur du monde.
Attendre qu'il réponde.

Une nouvelle litanie de la peur.
René Char, pour faire echo au Yeti.

A toute pression de rompre avec nos chances, notre morale, et de nous soumettre à tel modèle simplificateur, ce qui ne doit rien à l'homme, mais nous veut du bien, nous exhorte :
"Insurgé, insurgé, insurgé..."

Et pour accompagner ce jour de nausée rudoyante, la totalité de l'album Eraser de Thom Yorke

Comme un tocsin qui serait la braise obstinée des âmes droites. 

Commentaires

"Non que je me barricade derrière un déni de réalité." Troquons le verbe par le substantif au pluriel. Ah ! ça ira, ça ira, ça ira...

Écrit par : Amazone | 16 mai 2007

Amie, je voudrais te répondre.
Englué dans la soie de la toile, je suis prisonnier, et ne peux.
Me départir de tes mots.
Les souffler, les envoler, les faire paître ailleurs, les faire sinuer jusqu'au fond des silences pour prendre " ce temps devant soi ".
Mais tu les as instillés en moi. Ils coulent dans mes veines avec mon sang.
Couper les fils de la toile. Prendre le tapis volant des étoiles et régner les hauteurs pour inventer et créer mes propres mots qui me serviront de réponse.
Amie, ton texte m'a ému.
Je m'en imprègne encore avant de m'échapper.

Se laisser aller aux mots, à leurs images, à leurs odeurs...se coucher et chanter.

Écrit par : GPMarcel | 16 mai 2007

@ GPMarcel

Étrange, étrange...
Lui qui se bat, elle qui ploie.
Lui en Battling Joe, elle en éternelle Elbereth... "I will diminish..."

Excessivement difficile que de vous causer, cher Grand-Père !
En-dedans, en-fermée, en-murrée.
Elle et le même sparring partner que vous.
Sauf qu'elle le laisse faire... et c'est bien le seul !

Sauf à rencontrer des grands-pères tels que vous.
Des rarissimes qui sont des raisons de vivre in vivo.
Mais, ne vous en déplaise et vous le comprendrez fort bien, des raisons de vivre pour eux seuls et ceux qui les touchent.

"Il n'existe que deux espèces de folies contre lesquelles on doit se protéger. L'une est la croyance selon laquelle nous pouvons tout faire. L'autre est celle selon laquelle nous ne pouvons rien faire."
André Brink (qui m'a inspiré ce détournement de titre).

Mais les lépreux de la vie qui sont mon gang bang familier se réjouissent tous de ce qu'ils ont lu chez le jardinier fou (ou pété au muscadet, au choix).

Écrit par : Grabuge | 16 mai 2007

Je recherchais dans ses Feuillets d'Hypnos ce que mes lèvres murmuraient :

"Nous sommes écartelés entre l'avidité de connaître et le désespoir d'avoir connu. L'aiguillon ne renonce pas à sa cuisson et nous à notre espoir"

Et il en a vu, lui ...

Écrit par : AnT, de chez Smith en face | 17 mai 2007

Dame Grabuge, le jardinier pas si fou se découvre, s'incline jusqu'à vos pieds et d'un poignet alerte fait tournoyer vigoureusement son chapeu de paille au point que vos lacets de chaussons de danse en frémissent de plaisir. Révérence de gratitude.
Quant à son Muscadet, responsable souvent de son mâle optimisme, vous conviendrez sans peine qu'il a des conséquences autrement supérieures en terme d'enthousiasme à certaines tisanes servies tard au jardin pour nos vieux compagnons.
Je retourne à mes simples avec d'autant plus d'ardeur que je vous sais aimante des lépreux de la vie.
Qu'on se rassure quand même: à cette heure-ci, c'est encore café noir ;-)))

Écrit par : Fleuryval | 17 mai 2007

"Juste ne pas engranger d'images, de souvenirs visuels""

Moi ça a été facile : ma télé est en panne depuis trois semaines. Déjà que je ne regardais que les Guignols...

Pour se calmer en musique, moi j'utilise la musique baroque.

Et je me relance dans un projet de théâtre avec nos élèves. Je suis passé dans les classes. Avec ce leit-motiv : pas besoin d'être doué, juste besoin d'envie et de vouloir s'en donner les moyens.

Je ne sais plus où j'ai lu récemment (mais ça venait d'un sarkompatible) que le théâtre à l'école relevait du gadjet à laisser au profit des "bases".

Personne ne me fera dire que les bases sont à négliger, au contraire, et Sysyphe met ses dernières forces de prof à remonter ce rocher de plus en plus lourd.

Mias le théâtre, pour ceux qui en font et pour ceux qui devraient en faire afin de briser leur coque, c'est indispensable.

(Pour ceux que ça intéresse, j'ai deux spectacles, l'un pour 25 acteurs - textes de Fanny Joly et Nicolas Hirsching - l'autre pour 50 - textes de Bibi. Les idées appartiennent à tout le monde.)

Écrit par : PMB | 17 mai 2007

Juste en passant, entre deux battements d'ailes et avant de rédiger une réponse digne de ce nom en privé.

Le rire carnassier d'un démon désenchainé, babines retroussées en un rictus grimaçant de haine et d'une violence sourde, qui ne se libère plus qu'à travers cet éclat sordide, glaçant et profondément facétieux dans l'amertume qu'il fait vibrer des accents de son propre glas. Le rire, arme ultime de celui qui garde encore sa raison derrière les barricades du refus et de la négation, égide de notre folie salvatrice.
Les gribouilleurs de sa sainteté ne pourront jamais nous retirer notre faculté de se gausser des double sens et sous entendus grossiers qui jonchent ses discours toujours plus fats, toujours plus lamentables dans l'étalage d'un amour d'une société triste et sans dangers.

Qu'il est cyniquement doux de relire Cossery en ces temps importuns pour nous autres fâcheux.

"Heykal essayait vaienement de discerner dans cette populace le visage débonnaire et réjoui de quelques vagabonds échappés des griffes de la police. Il n'en apercevait aucun. Vraiment, les rues de cette ville devenaient étrangement sinistres, réduites aux seuls éléments actifs de la population : les tristes et les besogneux. On était partout entouré de fonctionnaires. [...] Ce refus de devenir un fonctionnaire, émis par un mendiant famélique, quelle insulte à la postérité ; cette postérité qui ne reconnaissait que ceux qui font carrière, en suivant la commune routine. L'histoire universelle regorgeait de ces petits fonctionnaires, devenus illustres à force de travail et de persévérance dans le crime. C'était pénible en vérité de penser que la race humaine n'avait produit, en fait d'hommes glorieux, que de minables fonctionnaires, soucieux de leur avancement; dans certains cas obligés de faire massacrer des milliers de leurs semblables, pour conserver leur poste et nourrir convenablement leur famille. Et c'était cette piteuse engeance qu'on osait offrir au respect et à l'admiration des foules!"

En substituant le mot fonctionnaire par un terme qui sied un peu plus à notre fâcheuse époque, ne serait-ce qu'à travers une simple inversion de préfixes, quelle description ironiquement actuelle.
Autre époque, autres temps et non pas autres moeurs. Si la comédie humaine ne se répète jamais tout à fait, elle a malgré tout d'irrépressibles tendances à se singer elle-même de façons *très* convaincante.

Mes salutations à toi qui est feu dévorant,


,S qui n'est qu'ombres insinueuses.

Écrit par : Morilokë | 19 mai 2007

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